Les grands sujets de l’actualité internationale nous présentent un monde de plus en plus imprévisible, marqué par des contradictions toujours plus apparentes entre les grandes puissances. Cette nouvelle donne fragilise certaines de nos alliances historiques, comme le soulignent la montée du protectionnisme et les divisons autour de de l’accord sur le nucléaire iranien. Alors que des doutes subsistent encore sur l’initiative de « blocage » des sanctions américaines par l’Union européenne, de nombreux Etats membres pourraient être tentés de négocier de leur côté avec les Etats-Unis afin d’y échapper plutôt que de faire front.

Dans le même temps, la révolution technologique efface de plus en plus les frontières entre Etats et l’apparition de nouvelles priorités internationales (migration, tensions religieuses, environnement, terrorisme, etc.) font émerger des divergences de fond sur la voie à suivre. Aussi, un Occident habitué à prendre, seul, la parole sur la scène internationale, ne semble plus en mesure de s’exprimer d’une seule voix.

Dans ce contexte délicat, force est de constater que la France est, depuis le milieu des années 2000, confrontée à une perte de focalisation de ses intérêts, à l’image de la très critiquée guerre en Libye de 2011. Un nombre croissant d’actions contradictoires ont peu à peu remis en cause la tradition française d’indépendance nationale. Cette tendance va-t-en-guerre a été décriée par l’ancien ambassadeur de France en Russie, Jean de Gliniasty, qui s’alarmait avec justesse d’un « nouvel esprit de croisade ». Il lui opposait « une vision raisonnée des rapports de forces internationaux, des buts que nous devons poursuivre et des moyens pour y parvenir »*.

*Jean de Gliniasty, La Diplomatie au péril des « valeurs ». Pourquoi nous avons eu tout faux avec Trump, Poutine et d’autres…, L’Inventaire, Paris, 2017, 160 pages

Cette combinaison de facteurs est responsable d’un certain effacement progressif de la France sur la scène internationale, et creuse un déficit commercial déjà important – les exportations françaises par habitant sont, par exemple, deux fois inférieures à celles de l’Allemagne. La tendance est à la fois soulignée et accentuée par le rachat de plusieurs fleurons français (Pechiney, Arcelor, Lafarge, Alstom…) alors que les exportations françaises sont aujourd’hui principalement le fait de grands groupes.

Ce contexte politique volatile souligne la nécessité renforcer les efforts de coopération bi et multilatérale. Il est crucial de préserver le dialogue, notamment en dehors des cercles stratégiques historiques de la France, nés durant la seconde moitié du vingtième siècle. Afin de mieux embrasser la multiplicité des acteurs internationaux (entreprises, mouvements politiques, associations, experts gouvernementaux, médias, etc.), il faut prendre gare à conserver un esprit sincère et impartial, et ne pas confondre un état (un dirigeant temporaire qui défend une politique spécifique) et son peuple (des entrepreneurs, mais aussi des individus, qui peuvent être des partenaires commerciaux en dépit de tensions géopolitiques).

Nous pensons que la diplomatie française ne doit pas être « l’art de maintenir les problèmes intacts le plus longtemps possible », comme le craignait André Frossard, mais bien « la maison des entreprises » comme l’appelait de ses vœux l’ancien ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius. Aussi, il faut savoir aller de l’avant et valoriser les relations de la France avec l’ensemble des pays, afin d’ouvrir la voie à nos entreprises plutôt que de la fermer.

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