Escalade dans le conflit économique entre la Chine et les Etats-Unis

Le président des Etats-Unis se lance depuis plusieurs mois dans une guerre commerciale avec les autres grandes puissances du système international.

Donald J Trump reproche à ses alliés canadiens, européens et mexicains, un manque de fidélité dans leurs échanges commerciaux. Il opte pour une posture unilatérale, et veut imposer à ses « partenaires » des décisions qui leur sont pour la plupart défavorables. Pour preuve, en mai dernier, Trump somma des alliés historiques de l’Iran, comme la France, de suivre les sanctions[1] imposées unilatéralement en réaction à la reprise supposée du programme nucléaire du pays. Le président américain n’a pas hésité alors à utiliser la pression du billet vert pour rallier à sa cause. Il choisit de reprendre la fameuse doctrine du « Big stick » menée par l’ancien président Roosevelt, qui fait des Etats-Unis une véritable police internationale. Plutôt que d’intervenir directement dans les pays ciblés, comme ce fut le cas sous la doctrine Monroe, Donald Trump privilégie les sanctions économiques et la taxation pour imposer sa voix.

Plus récemment, c’est la joute lancée contre l’autre première puissance mondiale, la Chine, qui pourrait bien dégénérer. La guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis s’est intensifiée cet été, avec l’entrée en vigueur d’une taxe de 25% sur l’importation de 818 articles chinois, ce qui représente un montant total de 34 milliards de dollars par an. Le dialogue entre les deux pays devient compliqué au fur et à mesure que les sanctions et rétorsions commerciales se suivent et se répondent. A la suite de cette décision, la Chine a jugé impossible de poursuivre les négociations commerciales avec les Etats-Unis en ayant “le couteau sous la gorge”.

La raison principale de ce durcissement envers la puissance chinoise invoquée par Washington est son manque d’implication dans la libéralisation de marché. En effet, malgré son adhésion en 2001 à l’organisation mondiale du commerce, la puissance chinoise ne s’est pas pliée à toutes les règles des économies de marché, et continue à subventionner les secteurs stratégiques ou en difficulté. Les entreprises publiques sont toujours majoritaires, ainsi que les barrières protectionnistes.

Même si ces reproches sont légitimes, la façon d’agir du gouvernement américain semble peu appropriée. Pousser la Chine dans ses retranchements ne va pas la convaincre de se plier aux règles du libéralisme. D’autant plus que ces sanctions n’auront pas pour effet de stopper la croissance chinoise, et qu’elles seront annihilées par la future hausse du dollar qui renforcera la compétitivité des biens chinois.

La réponse actuelle du géant asiatique est symétrique. La Chine appliquera également une hausse des droits de douane sur les produits en provenance des Etats-Unis, mais elle pourrait décider de jouer le jeu de l’escalade  Elle est en effet, en mesure d’asséner à son tour des sanctions aux Etats-Unis qui auraient des conséquences désastreuses sur l’économie américaine. Le premier ministre chinois Li Keqiang, assure que « la Chine ne s’engagera jamais sur la voie d’une dépréciation du yuan pour stimuler ses exportations ». Mais il n’est pas impossible que ces attaques répétées du président Trump ne le convainquent d’opter pour la dévaluation monétaire. En outre, la Chine étant le premier créancier des Etats-Unis, elle a les moyens de faire pression sur l’économie américaine en arrêtant d’acheter de la dette au moment même où celle-ci est sur le point d’exploser.

Même si les bourses résistent à ces nouvelles sanctions, une escalade entre les deux puissances est à craindre, et pourrait mettre à mal tout le système économique mondial et redistribuer les alliances stratégiques. Pour preuve, une alliance Chine/Russie se développe, car selon Fu Ziying, le chef de la délégation chinoise pour les négociations commerciales internationales de haut niveau, les deux pays sont capables de surmonter différents obstacles et difficultés grâce à la complémentarité de leurs économies.

Cette nouvelle hausse des tensions confirme la position actuelle française, qui se traduit par l’appel du président Macron à construire une autonomie stratégique européenne. Nous ne pouvons plus nous reposer sur une alliance unique avec les Etats-Unis. D’autres pays sont déjà sur le devant de la scène, et le multilatéralisme devient un moyen privilégié pour exister parmi plusieurs grandes puissances. Nous devons établir un spectre plus large et divers de relation avec le monde.  Nous devons aussi miser sur  l’Union européenne comme moyen d’émergence de notre voix, au cœur d’un système international en transition vers une multipolarité du pouvoir. La France à un nouveau rôle à jouer, et ne peut plus se permettre de rester une simple variable d’ajustement.

C’est un jeu dangereux auquel se livre le président américain qui perd peu à peu la fidélité de ses alliés historiques comme la France. Le risque de déstabilisation de la scène mondiale n’est pas à prendre à la légère.

[1] Blocages sur les transactions financières et les importations de matières premières, ainsi que des mesures pénalisantes sur les achats dans le secteur automobile et l’aviation commerciale.

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