La France en faveur d’une européanisation de la défense

Emmanuel Macron, lors de son discours à la conférence des ambassadeurs, le 27 août dernier, a évoqué la nécessité de construire une «autonomie stratégique» par rapport aux États-Unis.

Ancien allié privilégié, l’Amérique de Trump se détourne de plus en plus de ses engagements internationaux et prône l’unilatéralisme. Alors que nous nous sommes longtemps reposés sur cette alliance pour nous faire entendre sur la scène internationale, une large partie de la classe politique française estime que cette position nous condamne à devenir une simple variable d’ajustement. Que ce soit en matière de diplomatie ou de défense, la France est face à « une crise du multilatéralisme »[1].  Le chef de fil américain opte pour des positionnements contraires à nos intérêts et c’est pourquoi la France se doit de réimposer sa place sur la scène mondiale.

La ministre de la défense, Florence Parly, rappelle pour sa part que « nous devons compter sur nous-mêmes, réagir, bâtir une Europe qui protège »[2]. Il est vrai qu’en matière de défense, l’Europe demeurera fragile si elle s’émancipe du soutien américain. En effet, le budget européen de Défense correspond à peine à la moitié de celui des Etats-Unis. Nous devons nous préparer en renforçant les capacités opérationnelles de l’Union et penser à une logique de sécurité collective complémentaire à celle de l’OTAN. Une politique européenne commune de gestion de crises et de défense protégerait nos intérêts sécuritaires et économiques. Elle nous permettrait aussi d’intervenir en dehors de notre territoire afin d’agir contre l’expansion du terrorisme qui a plusieurs fois frappé le sol de l’Union.

La vision actuelle du gouvernement en matière de coopération européenne s’axe en premier lieu sur un plan restreint entre alliés aux moyens homogènes. La France fait naturellement partie du trio de tête en matière de Défense avec l’Allemagne et le Royaume-Uni, qui réunissent à eux trois plus de 80% des moyens pouvant être mis à disposition. Néanmoins, le futur Brexit et la constitution allemande qui n’autorise pas de déploiements à l’étranger, autres que « les missions de solidarité internationale »[3], font de cet appel du président français un projet compliqué à réaliser.

Néanmoins, le ministre des affaires étrangères allemandes, Heiko Maas, a récemment exprimé une ouverture en matière de défense, en refusant d’accepter que soit décidée à son insu une politique dont le pays devra supporter les coûts[4]. Cette nouvelle position pourrait faire du couple Franco-Allemand le moteur d’une autonomie stratégique européenne.

Dans cette perspective, même si des efforts conséquents restent à faire pour renforcer les moyens de notre action extérieure, le gouvernement français fait preuve d’engagement. Le président rappelle qu’il est fondamental de commencer à se doter d’instruments tendant vers l’autonomie. Pour preuve, une augmentation considérable du budget de la Défense est prévue, et atteindra 2% du PIB d’ici 2025.

Plus concrètement, l’européanisation de la Défense passe par la création d’une vraie agence du renseignement européen et d’un quartier général de planification des opérations. Il manque à l’Union un instrument centralisé, qui nous permette d’être plus autonomes. Les efforts doivent s’orienter sur l’organisation des transports aériens, l’analyse du renseignement ou sur nos lacunes technologiques face aux menaces numériques ou encore en matière de drones. Au-delà de l’actuelle coopération européenne en matière de défense, le gouvernement français souhaite construire une vraie politique de défense commune.

Le France et l’Europe sont-elles prêtes à s’engager plus profondément dans ce projet ? Peut-on imposer aux pays européens l’achat de matériel provenant de l’Union, ou encore le paiement de tel matériel en euro ? Sommes-nous prêts à entrer dans une ère « Europe first» ?

[1] http://www.elysee.fr/declarations/article/discours-du-president-de-la-republique-a-la-conference-des-ambassadeurs/

[2] Discours de clôture de la ministre de la Défense, madame Florence Parly lors de la 16ème université d’été de la Défense (UED), le mardi 11 septembre 2018.

https://www.lemonde.fr/international/article/2018/08/23/le-ministre-allemand-des-affaires-etrangeres-esquisse-un-nouveau-partenariat-avec-les-etats-unis_5345190_3210.html

[3] Site web de la Bundeswehr

[4] https://www.lemonde.fr/international/article/2018/08/23/le-ministre-allemand-des-affaires-etrangeres-esquisse-un-nouveau-partenariat-avec-les-etats-unis_5345190_3210.html

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