Le 3ème forum de l’EUSAIR

Les stratégies macro-régionales constituent une innovation substantielle des domaines de la coopération et de la cohésion territoriale européenne. Le but de ces stratégies est d’améliorer l’exploitation des potentiels qui existent dans les territoires concernés et de créer une plus grande intégration au sein de l’Europe. Cette forme de coopération est créée en 2009 avec la stratégie européenne pour la région de la mer Baltique.

 

Le 18 juin 2014 est officiellement lancé le 3ème projet de macro-région par la commission européenne. Sur le modèle des stratégies baltique et danubienne, émerge la Stratégie de l’Union européenne pour la région de l’Adriatique et de la mer Ionienne (EUSAIR). La mer adriatique, entre la péninsule italienne et la péninsule balkanique, a longtemps été considérée comme une zone frontière plutôt qu’un lieu d’échanges. D’abord barrière entre l’Europe et l’Empire Ottoman, puis ligne de séparation politique entre Europe occidentale et communiste, l’espace adriatique devient une zone intégrée ; un pont entre l’Union européenne et les Balkans. L’EUSAIR réunit pour la première fois une part égale de pays membres de l’Union (Italie, Slovénie, Croatie et Grèce) et d’Etats non-membres (Bosnie-Herzégovine, Albanie, Monténégro et Serbie). Cette initiative a pour but de favoriser la future adhésion des pays balkaniques au sein de l’Union européenne. Les projets sont à prédominance économique, et s’axent autour de la mise en valeur de l’espace maritime commun. L’idée est de favoriser les échanges, via le développement des transports, mais aussi d’initier une politique commune sur la protection de l’environnement et le tourisme durable.

Le 3ème forum de l’EUSAIR a eu lieu à Catania en Italie, les 24 et 25 mai derniers. La déclaration de Catania signée à l’issue du forum met en exergue le besoin d’investissement dans les infrastructures de la région. L’idée est de pallier le manque d’interconnexion permettant de réduire le déséquilibre structurel entre les pays membres de l’UE et les pays balkaniques en phase d’adhésion. Outre cette différence entre pays membres et non-membres, il existe un clivage Nord/Sud au sein de l’EUSAIR, qui engendre des tensions plus grandes que dans les initiatives danubiennes et baltiques. Pour preuve, on note un nombre plus élevé d’échanges entre les régions riches du nord de l’Italie et les pays au nord des Balkans alors que les régions plus pauvres du sud de l’Italie s’associent plus volontairement au pays modestes du sud des Balkans. Le renforcement des synergies autour des transports et de l’énergie était donc au cœur des débats, mais il est important de signaler que les instabilités au sein de cette union ne se concentrent pas uniquement autour du déficit structurel et économique.

Le défi majeur de cette organisation pour accéder à son but ultime, à savoir un alignement des pays balkaniques sur les normes de l’Union européenne, est politique. La corruption et les problèmes de gouvernance dans ces pays créent un décalage avec ses partenaires de l’EUSAIR et pourraient mettre en péril leur adhésion. Une des solutions pour corriger le manque de coordination politique est l’intégration des collectivités territoriales dans cette initiative régionale. Comme nous avons pu le démontrer dans l’article « L’action internationale des collectivités territoriales françaises, outil majeur de développement de nos coopérations avec le monde »,  l’implication des acteurs locaux dans les stratégies régionales et internationales permet de pallier le déficit démocratique et de capter l’engagement des citoyens alors plus proches des centres de décisions. De plus, les échanges de savoir-faire entre les villes sur les sujets structurels ou de gouvernance aident à trouver plus vite des solutions et le retour d’expérience pérennisent  les améliorations. C’est une façon privilégié de lutter contre la corruption et d’améliorer l’engagement citoyen. Il s’agit de construire une réelle communauté adriatique en plaçant cette initiative au cœur du débat public.

 

Il devient primordial lors de l’élaboration des futures initiatives macro-régionales européennes de renforcer la coopération autour de la bonne gouvernance et des pratiques démocratiques, garantes de la répartition juste des richesses et de l’utilisation à bon escient des fonds européens en vue d’une meilleure intégration.

 

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