Le début d’un nouveau chapitre pour Madagascar

L’ancien dirigeant malgache, Andry Rajoelina,  a été déclaré vainqueur de l’élection présidentielle le 27 décembre dernier. Il aurait obtenu 55,66 % des voix d’après les résultats publiés par la Commission électorale nationale indépendante (CENI) (pour un taux de participation de 54 %). L’ancien maire et disc-jockey, surnommé « TGV » pour son ascension politique fulgurante, devient ainsi le nouveau Président de la République de Madagascar. Un mois plus tard, il prenait ses fonctions et lançait un nouveau gouvernement dans une réforme au pas de course. Bonne ou mauvaise nouvelle ?

De putschiste à président

Afin d’écarter les doutes existant à propos de son passé controversé, Rajoelina a pris soin d’insister sur son engagement à « garantir et renforcer l’unité nationale et les droits de l’homme » lors de son discours d’inauguration. Il avait en effet été porté au pouvoir en 2009 par des manifestations massives suivies d’un coup d’état militaire. Il avait alors occupé la tête d’une Haute Autorité de la transition pour quatre ans, après avoir forcé l’ancien président, Marc Ravalomanana, à démissionner.

Cette prise de pouvoir, bien que validée par la Haute Cour constitutionnelle (HCC), avait mené à la suspension d’une grande partie de l’aide internationale dont bénéficiait le pays, et l’avait plongé dans une grave crise économique. A cela, il faut ajouter les dérives liées à la corruption et au pillage des ressources naturelles (De la 85e place mondiale du classement de la perception de la corruption en 2008, le pays est passé à la 133e en 2014). Aussi, Rajoelina devait donc se laver de son passé de putschiste, mais aussi d’un bilan peu louable après un premier essai à la tête du pays.

Si le résultat de cette élection peut paraître dangereux pour l’avenir de Madagascar, il est doublement crucial. Il s’agit d’une part de la première transition démocratique depuis son indépendance en 1960. Il s’agit aussi d’un retour de plein droit d’un dirigeant qui avait été empêché, cinq ans plus tôt, de se porter candidat après un holà de la communauté internationale. Son retour fait donc l’objet d’une attention très minutieuse, qui l’ont poussé à prendre position en faveur du respect des valeurs républicaines.

Pour le plus pessimistes, il ne s’agit que de poudre aux yeux, et il demeure un autocrate qui montre patte blanche pour entrer dans la bergerie. Mais il semblerait qu’ Andry Rajoelina suive davantage un parcours similaire à celui de Muhammadu Buhari, sorte de président prodigue du Nigéria. Ce dernier, après avoir accédé au pouvoir à la suite d’un coup d’État en décembre 1983 – et en avoir été chassé deux ans plus tard – a été élu à la tête du pays en 2015 en tant que repenti. Il a depuis fait preuve d’une plus grande maturité et d’une détermination louable dans la lutte contre la corruption.

La promesse d’un chantier considérable

Après quelques jours de doute, les partisans de Marc Ravalomanana, son grand rival politique, revenu au pouvoir après sa destitution, ont admis leur défaite. Rajoelina reviens donc cette fois adoubé par les urnes et par la communauté internationale. Fidèle à, sa réputation de fonceur, il a formé son gouvernement cinq jours après son investiture (le 25 janvier dernier) et lui a accordé un délai de 6 mois avant d’évaluer son action. Son équipe est principalement composée de techniciens : l’ex-Directeur Général de la police nommé à la Sécurité publique, l’ex-procureur général à la Cour d’appel à la justice, un capitaine d’industrie considéré comme un expert de l’investissement aux Affaires étrangères…

La tâche qui l’attend désormais est considérable – Rajoelina a promis de sortir la « Grande Île » de la pauvreté. Pour rappel, aujourd’hui encore, près des deux tiers de la population vivent avec moins de 2 dollars par jour. Aussi, il devra mener à bien une restructuration en profondeur de l’économie malgache. Il s’et ainsi engagé à assurer l’industrialisation des six provinces du pays afin d’égaliser le développement, à renforcer le réseau électrique, clairement insuffisant pour la quatrième plus grande île du monde (587 295 km2), en s’appuyant plus largement sur les énergies renouvelables (des panneaux solaires en particulier). Il a enfin pris l’engagement de doubler la production de riz de mettre un terme à la dépendance alimentaire de Madagascar.

Quel financement pour Madagascar ?

Ces nombreuses promesses de campagne soulèvent toutefois une question majeure : comment le gouvernement malgache va-t-il financer les ambitieux projets de son président ? Et ce d’autant que ce dernier a dit vouloir prendre ses distances avec les bailleurs traditionnels, comme le FMI. Certains pays, présents lors de son investiture, comme la Chine, le Ghana ou la Namibie, sont des partenaires tout trouvés. La France ne devrait pas rester en reste. Le désaveu de Ravalomanana est plutôt une bonne nouvelle pour la diplomatie française – les relations entre les deux pays s’étaient sensiblement tendues durant sa présidence.

Si Paris a payé le prix de son amitié avec « l’amiral rouge » Ratsiraka durant les années 2000, elle demeure le 1er partenaire commercial d’Antananarivo, avec 974 M€ d’échanges en 2017. La France est également le 1er client de Madagascar (22 % des exportations malgaches en 2017). En outre, il s’agit d’un bailleur important pour la grande île : en 2017, l’Agence française de développement alloue un total de 77,3 millions d’euros dans des projets de développement de son partenaire. Cette élection présente donc une occasion de relancer des relations approfondies sur une base plus saine.

La question de l’écologie

Un de flou suscite toutefois des inquiétudes sérieuses sur la présidence de Rajoelina : l’écologie. Le bilan environnemental du jeune président lors de son premier passage aux manettes est en effet assez calamiteux.  « La forêt malgache disparaîtra en cinq ans si Andry Rajoelina continue sa gestion des ressources naturelles comme pendant la Transition », résumait ainsi Ndranto Razakamanarina, président de l’Alliance Voahary Gasy, plate-forme des ONG environnementales.

Rajoelina s’est certes engagé à une « gestion durable et la conservation [des]ressources naturelles [du pays] ». Paroles en l’air répond-on parfois. Il a également nommé Alexandre Georget, le président et cofondateur du Parti au poste de ministre de l’Environnement et du Développement durable. Certains voient toutefois dans cette nomination un geste principalement symbolique, pour donner le change, qui n’aura pas de portée politique réelle.

L’avenir donnera peut-être raison aux critiques du nouveau gouvernement. Mais il convient de rappeler que la politique environnementale d’un pays n’est pas uniquement déterminée par son gouvernement. Une simple perspective nationale ne permet en effet pas d’appréhender les enjeux mondiaux comme le changement climatique. Il s’agit là de questions qui dépassent le cadre national et la communauté internationale y a également un rôle à jouer.

Rajoelina le sait mieux que quiconque, les pressions internationales peuvent être déterminantes. La France le sait également. Emmanuel Macron a ainsi menacé en décembre dernier d’abandonner la table des négociations du « pacte commercial élargi » avec le Mercosur (qui ont duré plus de 20 ans) en cas de sortie du Brésil des accords de Paris. L’Australie, qui est elle-aussi en pleines négociations commerciales avec l’UE, est également soumise à d’importantes pressions visant à s’assurer de sa participation à l’accord.

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