Quelle diplomatie pour la France ?

Le gouvernement va réduire les moyens de son réseau diplomatique, avec une baisse de 10% du budget des agents de l’étranger d’ici 2022. Une décision mal vécue par la corps diplomatique, au régime depuis 30 ans. Dans le même temps, toutefois, la France augmente le budget de son aide au développement. Serait-ce une nouvelle façon de faire de la diplomatie, à l’ère de la « startupisation » du pays ?

Le gouvernement veut faire des économies, et la diplomatie en pâtit. L’Elysée annonce une grande réorganisation des réseaux de l’Etat à l’étranger. Objectif : 110 millions d’euros en moins pas an pour une « diplomatie agile » – comprendre des fonds réduits mais mieux ciblés. « L’heure est peut-être venue de cesser de diriger nos personnels à l’étranger en silo pour le faire de façon plus harmonieuse, transversale, plus cohérente et peut-être plus managériale », justifie Édouard Philippe. D’après le Premier ministre, l’heure est venue de « revenir aux fondamentaux ».

Au programme un régime draconien : des fermetures de consulats et de centres culturels et la vente de certains des bâtiments les plus prestigieux de son patrimoine immobilier – pas forcément malvenue. Plus préoccupant, le gouvernement veut aussi réduire les fonctions support (logistique, ressources humaines, système d’information…) et y remplacer les expatriés par des agents de droit local. Des coupes sont également prévues à la représentation permanente français auprès de l’ONU à New York, qui serait réduite à un simple poste de présence diplomatique.

Le corps diplomatique ruait déjà dans les brancards depuis des années, mais sans grande conviction. Dans une note interne destinée au ministre Jean-Yves Le Drian qui a fuité en juin la représentation française insiste cependant cette fois sur le sérieux de ses inquiétudes. Le Quai d’Orsay plaide avoir fourni « un effort sans comparaison avec les autres ministères ». Il y exprime des doutes quant à sa capacité à poursuivre son activité à la diète sans « compromettre la capacité d’action du ministère » et « l’ambition forte pour la France » portée par Emmanuel Macron.

En effet, la lutte contre « l’hypertrophie des fonctions de support » risque de s’accompagner d’effets adverses significatifs pour le corps diplomatique français. « Le bricolage ingénieux ne suffit plus à répondre aux missions d’un ministère qui est censé saisir les multiples opportunités d’un momentum français », souligne le document. Les fonctionnaires mettent explicitement garde contre « la paupérisation de la diplomatie française » a l’heure même où le pays prétend faire son grand retour au premier plan de la scène internationale.

La situation pourrait encore s’aggraver « au point de risquer le décrochage » et pourrait engendrer des « phénomènes endogènes : tentatives de corruption, perte d’indépendance… » d’après la note.  « Il ne s’agit pas de sauver les diplomates mais de préserver le pouvoir d’influence de la France, alors que s’est peu à peu imposée l’idée que l’on peut avoir une grande politique étrangère avec un service diplomatique faible », ajoute l’ancien ambassadeur Michel Duclos, désormais conseiller spécial à l’Institut Montaigne.

Avec la politique de « startupisation » du gouvernement, la dégringolade se poursuit : le Quai d’Orsay a déjà perdu la moitié (53%) de ses effectifs en trente ans – dont un tiers ces dix dernières années seulement. Un choix paradoxal pour un pays qui possède – et affirme vouloir conserver – le troisième après les États-Unis et la Chine avec (178 ambassades et 92 consulats). Cette nouvelle coupe vient porter un nouveau coup à un ministère qui – s’il mérite effectivement d’être réformé – commence à battre de l’aile.

« On peut décider de jouer dans la catégorie de nos voisins italien ou espagnol (pas de siège permanent au Conseil de sécurité, pas de réseau universel, des priorités régionales et des thématiques peu nombreuses au détriment de tout le reste) », conclut le texte, avant de tempérer : « c’est tout à fait respectable », mais contradictoire avec « l’ambition de la France de jouer un rôle dans le monde [qui] participe, et depuis longtemps, de l’identité même de notre nation ». Un avis que nous partageons.

Mais plutôt qu’une diminution a proprement parler, certains voient dans cette diète une reventilassion des capitaux de la République vers d’autres secteurs voisins.

Emmanuel Macron a en effet annoncé dans le même temps une hausse d’un milliard d’euros pour l’aide au développement (des prêts à conditions très favorables) après cinq années de baisse. Il s’agit là pour le gouvernement d’une première étape pour une hausse de la part du budget à 0,55% du RNB à la fin de de ce quinquennat, en 2022. L’aide publique au développement de la France demeure encore toutefois en chantier, et à la traîne derrière le Royaume-Uni et l’Allemagne (0,7% du RNB).

Ce changement de stratégie semble en tout cas faire le pari d’un renforcement de la présence internationale française via les investissements. Il intervient alors que plusieurs pays se désengagent et revoient leurs versements à la baisse : l’Espagne (- 49 %), de la Hongrie (-27,8 %), de l’Australie (-15,8 %) ou des Pays-Bas (-11,5 %). L’Afrique est le premier bénéficiaire de l’APD française (41%), et en particulier l’Afrique subsaharienne (32%). Aussi, ce pari d’une diplomatie de l’aide pourrait venir enrayer le déclin de l’influence politique et économique de la France sur le continent.

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